vendredi 28 février 2014

L'alliance de Peugeot avec le constructeur chinois Donfeng n'est elle pas trop tardive?

Le groupe français vient de sceller une alliance importante avec son homologue chinois Dongfeng. Après de multiples tentatives de rapprochement avortées (BMW puis plus récemment General Motors), le deuxième groupe français automobile tente de sortir du marasme financier par cette recapitalisation grâce au capitaux chinois et l'entrée de l'Etat Français dans l'actionnariat du groupe. Jusque là, les choix de Peugeot étaient toujours apparus prudents voire très conservateurs. Mais là, il faut avouer que la décision tranche avec le passé : un constructeur étranger (en plus Chinois) qui prend une part substantielle du capital d'une société dominée depuis l'origine par une famille combinée avec une "nationalisation" partielle (l'Etat au terme de l'accord détiendra 14% du capital), c'est du jamais vu en France! Pourtant, à y regarder de plus près la décision apparaît assez raisonnable voire presque sage tant la situation financière et les perspectives de développement restaient sombres. En effet, la croissance atone du marché européen ne laissait pas présager une amélioration des ventes du groupe automobile, il fallait regarder ailleurs et tenter de conquérir les marchés asiatiques. L'alliance pour un groupe déjà très endetté apparaît comme la seule solution viable pour accéder aux marchés asiatiques. La pilule doit quand même être amère pour la famille Peugeot qui perd le contrôle du groupe. C'est aussi la conséquence inévitable d'un manque d'anticipation et d'une volonté farouche d'indépendance. Il y a plus 10 ans, son concurrent de toujours, Renault prenait le pari fou de redresser Nissan en prenant le contrôle du constructeur japonais. Pour Peugeot, c'est la situation inverse, c'est un constructeur chinois méconnu en Europe qui vole à son secours. Mais, ce secours n'est-il pas trop tardif alors que les autres constructeurs ont déjà pris d'importantes parts de marché en Asie (notamment le groupe Volskwagen)? Ce projet d'alliance pose aussi la question de l'intégrité du groupe et son avenir dans un monde de plus en plus globalisé. En soi, l'accord qui vient d'être signé ne met pas forcément plus en péril les salariés français, le savoir-faire sera protégé et il est évident que chacune des parties se doit de respecter les termes du contrat pour travailler ensemble : on imagine mal Dongfeng voler les brevets du Français car il tuerait la poule aux oeufs d'or et Peugeot doit continuer à produire en Europe pour pouvoir rivaliser avec ses concurrents directs. L'exemple de Peugeot est cependant révélateur d'une tendance qui s'est vérifiée depuis quelques années, la France est en surcapacité de production et elle doit tout faire pour réduire cette surcapacité en trouvant de nouveaux débouchés : la recherche de nouveaux marchés tant à l'international que la diversification sectorielle est devenue inévitable pour les grands groupes industriels français. Ce n'est pas tant le manque de rentabilité ou de productivité qui sont des freins au développement que l'incapacité à conquérir des nouveaux marchés et à profiter des relais de croissance qui sont de plus en plus éloignés de chez nous
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lundi 17 février 2014

Pourquoi le coût de l'emprunt national reste faible en France

Le contexte ambiant inciterait pourtant à remettre en cause une telle affirmation : -Dégradations successives de la note long terme depuis 2012 par les deux grandes agences de notation -Réduction du déficit public moins rapide que prévue en 2013 (0,7% au lieu de 1,5% estimée) -Dérapage du déficit public au delà de 4% du PIB alors que la France s'était engagée à les réduire à hauteur de 3%. -une croissance en berne qui a eu pour effet direct une baisse des rentrées fiscales (de l'ordre de 16 milliards) -Absence de visibilité dans les réformes de fond qui permettraient de stabiliser la croissance de la dette (qui atteindrait d'après la Cour des Comptes 2000 milliards à la fin de l'année) -Le fort recul des investissements en France en 2013. Devant ces perspectives peu encourageantes et décevantes , les marchés financiers ne bronchent pas : le taux OAT 10 ans après une hausse continuelle depuis Mai 2013 est redescendu au niveau de juillet 2012 dans les 2,25% (avant la deuxième dégradation de la note long terme par Standard and Poor's) ce qui est un signe de confiance des investisseurs . Pourquoi ce bel optimisme? Les marchés anticipent en partie une reprise dans la zone Euro et aussi en France. Mais ce qui a rassure surtout les bailleurs de fonds étrangers est la qualité des actifs de l'Etat Français et du volume important d'épargne des ménages (environ 1800 Milliards). Cette manne financière permettrait à l'Etat de lever des impôts supplémentaires et de faire face à ses créanciers en cas de coup dur. (la taxation à 10% des comptes des épargnants à Chypre a créé un précédent). L'année 2014 est une année cruciale : va-t-on assister enfin à une reprise de l'activité économique et à la stabilisation de l'augmentation de la dette? Il sera intéressant de suivre la concrétisation de ces deux enjeux.