jeudi 20 novembre 2008

Des similitudes frappantes





Le film historique "The Duchess" peut s’enorgueillir de nous faire connaître la destinée d’une ancêtre tout à fait singulière de la princesse Diana : Georgiana Cavendish, Duchesse de Devonshire.
Il s’appuie sur la biographie romancée de la Duchesse de Devonshire parue en 1998 et écrite par Amanda Foreman. La duchesse de Cavendish, née Georgiana Spencer, fille de John Spencer, premier comte de Spencer, a vécu de 1757 à 1806 et compte parmi ses descendants l’actuel duc de Devonshire, Diana, la Princesse de Galles, Jonathan Dearness ainsi que Sarah, la Duchesse de York (par son enfant illégitime Eliza Courtney).
Le film retrace de manière classique la vie de cette femme d’esprit de la fin du dix-huitième siècle ; pourtant en étant spectateur de cette vie tumultueuse, on ne peut s’empêcher de penser à son arrière -arrière petite nièce née Lady Diana Spencer qui, comme elle, a dû affronter les affres de l’adultère infligées par son mari et les dénoncer presque publiquement en s’affichant avec un amant très en vue.
Le cinéaste n’a t-il pas un peu édulcoré une réalité beaucoup plus classique et beaucoup moins sensationnelle, n’a t-il pas voulu calquer un point de vue moderne dans une société conservatrice du dix-huitième siècle aux moeurs traditionnalistes ?
En fait, non, à la lecture des faits. La duchesse a bien été délaissée par son mari, puis trahie par sa meilleure amie Elisabeth Forster, qui, en devenant la maîtresse du duc, avait ruiné les espérances d’une union plus heureuse.

Comme Lady Diana, la Duchesse s’est ensuite réfugiée dans la vie publique (l’engagement politique) ne supportant l’idée de vivre "dans un ménage à trois" et a succombé aux tentations de l’amour hors mariage avec un des protégés appartenant à son parti politique, Charles Grey.
Les similitudes ne s’arrêtent pas là, comme la Princesse de Galles, elle était douée d’une grande beauté qui électrisait les foules. Elle en usait pour soutenir ses amis politiques dans les réunions publiques, Charles Fox du parti Whig notamment. Elle avait également créé un salon où se pressaient hommes politiques, artistes et écrivains dont le dramaturge Sheridan qui s’inspira de sa vie maritale pour monter la pièce The School for Scandal .

Elle partageait avec Diana cette grande indépendance d’esprit et militait pour l’émancipation féminine à une époque où ce sujet était plutôt tabou.
Le film montre bien ces aspects de la vie de cette pionnière et reste ainsi fidèle à l’histoire.
La principale différence entre Georgiana et sa descendante Lady Diana réside dans son acceptation et son conformisme à l’ordre social établi : la Duchesse a fini par accepter l’idée du "ménage à trois" tandis que Diana ne pouvait le supporter et refusait toute compromission, renonçant ainsi à la place de future Reine. Cette différence est de taille et fait de Lady Diana une femme qui restera dans l’histoire tandis que sa lointaine ancêtre ne fut que "ressuscitée" récemment par quelques livres et ce beau film.

vendredi 14 novembre 2008

Du capitalisme et de la crise financière



A écouter les grands argentiers actuels, le capitalisme est à jeter aux orties ; en effet, il a engendré un monstre qui a ruiné les ménages, les industries, les collectivités locales, les états souverains. La raison qui est dénoncée par ces grands décideurs est la grande liberté laissée aux marchés. En somme, selon eux, pour pasticher une célèbre phrase d’un économiste néo-libéral "trop de libéralisme tue le libéralisme".
Pourtant, ces mêmes personnes ont été à la tête des plus grandes instances dirigeantes depuis des années et ont tous cru aux vertus de ce capitalisme triomphant durant la dernière décennie et par cette raison, ont laissé faire.
Alors, le capitalisme a t-il changé fondamentalement depuis ces dernières années au point de provoquer une des plus graves crises de notre histoire ?
Je ne crois pas à cette allégation, la pratique des marchés financièrs a toujours été la même depuis des décennies. Leurs excès ne datent pas d’hier. On peut illustrer ce fait par de nombreux exemples.
La grave de crise boursière de 1987 a simplement révélé une surévaluation du dollar et des entreprises américaines. Simplement, les marchés ont amplifié la désaffection des investisseurs pour ce type d’investissement. A l’époque, on a aussi rendu responsable les produits dérivés et les salles de marchés qui avaient ruiné le petit épargnant. Les marchés ont voulu corriger une situation qui ne leur semblait pas justifiée. Bien entendu, l’utilisation du "trading automatique" (passage d’ordre de vente en-desous d’un seuil) et l’exercice massif des options de vente ont aggravé la situation : en une journée, le Dow Jones avait perdu plus de 20%.
D’autres crises ont suivi avec des effets encore plus importants : on peut citer l’attaque du Bat thaïlandais en 1993 qui a conduit le pays à demander l’aide du FMI ; la faillite de certaines collectivités locales britanniques en 1992 ou les crises asiatiques et russes des années 1997-1998 qui ont mis à mal des continents entiers.
Les hedge funds (fonds spéculatifs), les agences de notation et les intermédiaires financiers sont aujourd’hui des boucs émissaires de cette crise comme l’étaient les agents de change et les sociétés de bourse de 1987 ; les responsables du système financier et des grandes banques commerciales et d’investissement se déresponsabilisent ainsi en accusant ces agents du monde financier d’un genre particulier. Pourtant, ils oublient un peu trop rapidement qu’ils sont responsables de l’origine de la crise fiancière. La crise prend son origine dans la chute du marché des subprimes et des crédits hypothécaires accordés un peu trop largement à des clients risqués, il s’agit avant tout d’une crise du crédit et d’un problème d’appréciation du risque de crédit et non de marchés, comme on l’entend sur les ondes. Ensuite, c’est vrai, du fait de la financiarisation de l’économie, le phénomène s’est étendu et à créé une crise boursière en raison de la perte de valeur au niveau des bilans des grandes banques et des entreprises.
Le problème de contagion n’a pas été endigué par les autorités, entre 2007 et aujourd’hui : pratiquement rien n’a été fait et les grandes banques ont continué à commercialiser leur produits toxiques en espérant que cela passerait inaperçu et en attendant des jours meilleurs. Les responsables de l’économie se rendent maintenant compte qu’ils ont fait une confiance aveugle à ces financiers peu scrupuleux. Les produits structurés sont montrés du doigt, comme hier les produits dérivés lors du krach de 1987, mais leur existence remonte aux années quatre-vingt dix et leur mécanisme est connu depuis pas mal de temps. En revanche, leur utilisation est plus que hasardeuse. Proposer à des agents économiques des produits indexés sur le yen ou le nikkei alors qu’il ne détient aucun actif ou emprunt avec ce type de support paraît totalement déraisonnable. C’est pourtant ce qui s’est fait dans certaines collectivités locales françaises (pas la majorité heureusement) qui se sont vu proposer ce type d’investissement. Les banquiers ont fait prendre des risques à ces agents économiques qui n’ont pas pour nature à les supporter. Là encore, on a oublié les leçons de l’histoire : en 1992, certaines collectivités britanniques ont été déclarées en faillite à la suite d’une utilisation malheureuse de produits dérivés de taux (swaps de taux).
Alors que faire? Refondre le système et proposer une nouvelle réglementation (une de plus diront certains) est une des réponses des grands argentiers. Peut-elle suffire à canaliser les appétits des banquiers qui veulent financiariser à outrance l’économie ?
Pas sûr, si on regarde le nombre incalculable de réformes financières et bancaires qui ont été inventées depuis 1930 et qui se sont montrées plutôt inefficaces. Cela avait commencé en 1932 avec le Disclosure Act qui séparait les banques d’affaires et les banques commerciales, puis cela s’était terminé en 2002 par les lois Sarbanes-Oxley et National Market System qui visait à établir une plus grande transparence dans les investissements.
Une loi, dès qu’elle est mise en place, est souvent contournée en raison d’un décalage dans le temps entre son application et sa conception. Elle devient rapidement obsolète devant l’inventivité des acteurs du marché. Elle est bafouée si elle n’est pas appliquée de manière globale dans tous les pays et la grande difficulté réside justement dans son domaine d’application qui est beaucoup trop restrictif. Le Patriot Act est une bonne réponse au blanchiment d’argent mais représente désormais un voeu pieux en raison de l’existence des paradis fiscaux.
Un cadre règlementaire n’est efficace que s’il est accompagné d’un volet répressif et la difficulté à responsabiliser les financiers et les banquiers ne date pas d’hier. Qui se souvient aujourd’hui des protagonistes de la quasi-faillite de la BRED en 1999, à la suite de mauvaise hypothèse sur l’évolution des taux ? Le départ seul des dirigeants ne suffit pas, il faut véritablement introduire des pénalités financières pour les banques et les institutions financières qui font courir, par leurs seuls agissements, de grands risques à ses clients, à ses contreparties et à la communauté financière dans son ensemble.
La moralisation du monde financier passe nécessairement par l’application d’un code de bonne conduite qui doit être le fondement des investissements et des transactions financières. Je pense que la base du PRI (Principe pour l’investissement responsable) fortement recommandé par l’ONU est à généraliser dans le monde financier. L’existence de tel ou tel instrument financier n’est pas à remettre en cause selon moi. C’est l’utilisation qui en est faite qui doit être revue (notamment pour les produits structurés dont l’usage doit être limité aux seuls spécialistes).
Enfin, un encadrement au niveau mondial du marché du crédit semble nécessaire afin d’éviter toute dérive et prise de risque inconsidérée. La prise de participation de l’Etat dans les banques peut être une réponse mais ne suffit pas. Des autorités supranationales doivent être en mesure d’intervenir pour faire cesser des pratiques qui mettent en péril l’activité même de l’octroi de crédit. Il faut aussi que ce nouvel ordre financier mondial fasse la promotion de l’investissement responsable et des formes alternatives de financement (micro-crédit par exemple).

mercredi 12 novembre 2008

Le cinéma et la politique

Le cinéma est-il un toujours moyen d'expression puissant dans notre société?

On assiste depuis quelques années à l'émergence d'un cinéma engagé avec des réalisateurs qui ont un message politique ou idéologique à faire passer. Cette année, la palme d'Or du festival de Cannes revient à un film qui traite d'un problème de société crucial : l'éducation en zone défavorisée.

Auparavant le dernier film de Sean Penn retraçait l'itinéraire d'un jeune homme en pleine rebellion durant les années Bush (1988-92). La critique a salué ces films favorablement mais le succès en salles n'a pas été à la hauteur de ces commentaires élogieux. Alors que se passe-t-il?
Ce retour sur la scène des films à "fort contenu" ne semblent plus passionner.
Mobiliser, sensibiliser grâce au septième art peut aider une société en danger. en France cela semble compromis. Le succès de "Bienvenue chez les Ch'tis" est là pour le prouver, le public se porte plus volontiers vers des fables légères qui ne blessent personne.
Heureusement, d'autres pays suivent une autre voie.

Par exemple en Italie, le film politique occupe toujours une place de choix. la meilleure illustration en est sans doute "Gomorra". Ce film dérange puisqu'il démonte tous les rouages de la Camorra dans la vie quotidienne des napolitains. La mafia peut s'inquiéter d'une telle remise en cause, d'ailleurs elle a menacé directement l'auteur du livre dont le film est tiré, preuve supplémentaire de l'impact direct de ces formes d'expression sur la société. Les films de Francesca Comencini "Carlo Giuliani Raggazzo", "Mi Piacce Lavorare" ont connu un certain succès en dénonçant les excès des années Berlusconi.

Je me souviens encore de la première fois où j'ai vu "Z" de Costa-Gavras ou "Missing" et ça avait changé mon point de vue sur les dictatures d'Amérique du Sud. Alors à quand des nouveaux films français de la même trempe? Pour le moment, il faut visionner des films étrangers italiens, argentins voire américains pour aborder une critique profonde de problèmes politiques, sociaux et économiques majeurs.