jeudi 6 mai 2010

L’Europe à l’heure des choix.



La crise en Grèce rappelle à l’Europe la dure réalité des dérives monétaires qui ont été permises depuis l’avènement de la crise financière.
Depuis longtemps, les critères de Maastricht ne sont plus respectés par la majorité des Etats membres de l’Euro. Il paraît logique que les pays les plus vulnérables soient visés. Le fait nouveau est que l’attaque survient au niveau du crédit. Jadis, avant l’Euro, les monnaies européennes étaient entièrement soumises au jugement du marché et des spéculateurs. Ainsi, lorsqu’un Etat ne présentait pas toutes les garanties, on spéculait contre sa devise . Le Franc avait été ainsi durement menacé en juin 1981 ; on se souvient aussi en 1991 du raid d’un certain George Soros contre la livre Britannnique. Or , depuis 1999 et l’avènement de la monnaie unique, l’Euro était devenu un rempart contre ces pratiques, grâce, notamment à l’application de critères drastiques quant à l’endettement, une politique monétaire maîtrisée dans la zone Euro.

Depuis 2007/2008 et la raréfaction du crédit, les Etats membres ont compensé tant bien que mal cette baisse de l’investissement par des emprunts massifs qui ont gonflé l’endettement et les déficits publics en Europe. Ainsi, les mesures gouvernementales ne sont plus en phase avec la politique de la Banque Centrale Européenne, cette incohérence frappante n’avait pas été exploitée par les marchés jusque là, dont les inquiétudes se concentraient sur les pays anglo-saxons plus fortement touchés par la crise financière.

Les investisseurs, après une désaffection légitime pour des actifs devenus toxiques, se sont reportés sur cette nouvelle manne de la dette publique de la zone Euro qui présentait apparemment toutes les garanties. Des pays dont la santé financière était plus fragile en ont bénéficié. Alors que fallait-il faire ? Alerter le monde entier sur les risques ou laisser faire ? On a accusé les agences de notation d’avoir trompé les investisseurs avant 2008 sur les actifs toxiques mais les gouvernements ont fait la même chose pendant la crise. La crise des sub-prime a, par ses recyclages incontrôlés, alimenté celle sur la dette des souverains. Elle n’est malheureusement pas un épiphénomène, les risques de contagion sont réels et peuvent aboutir à une crise majeure du crédit dans toute l’Europe.

Quels recours possibles ? certains économistes préconisent la fin de l’Euro avec le retour au serpent monétaire et une flexibilité accrue des devises les unes par rapport aux autres. Revenir en arrière ne rétablira pas la confiance mise à mal des investisseurs. Or, il s’agit de l’élément primordial qui nous a fait défaut, à la fois en 2008 et maintenant . La devise unique a permis l’instauration d’une longue période de stabilité monétaire (surtout si on compare aux années quatre-vingts) en Europe et a été un facteur de croissance et a permis l’assainissement de certains déficits publics (avant la crise bien entendu).

La crise grecque rappelle celle des pays émergents comme l’Argentine (2001), le Mexique (1994) ; or, ces pays avaient bénéficié d’un moratoire sur la dette de la part du FMI et surtout de la mise en œuvre d’une politique d’austérité sévère qui leur avait permis de relever la tête. L’Europe est-elle prête à de nouveaux sacrifices après avoir déjà durement ressenti les effets de la crise financière et à affronter une opinion publique de plus en plus hostile à ces politiques déflationnistes visant seulement au retour de l’équilibre des déficits ?